Le design graphique au XXIe siècle : appel à contributions

Le design graphique au XXIe siècle
26 septembre 2019

APPEL À CONTRIBUTIONS

LE DESIGN GRAPHIQUE AU XXIe SIÈCLE : ÉTUDIER, CRÉER, AGIR
29 janvier 2020, 9:30-16:00
École de design, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Programme et détails : dgr21.uqam.ca

Journée d’étude coordonnée par Stéphane Vial et Louise Paradis
dans le cadre de l’évaluation du programme de bac en design graphique

Comité d’organisation : Ron Filion-Mallette, Louis Gagnon, Lyne Lefebvre, Janice Nadeau, Judith Poirier.

Depuis sa création comme département de design en 1974, l’École de design de l’UQAM contribue à l’enseignement, au développement de la recherche et de la création ainsi qu’au rayonnement des disciplines du design au Québec. Le programme de baccalauréat en design graphique s’est développé en favorisant une approche de formation générale et transversale, axée sur la création et l’innovation. Il a su s’imposer comme une référence et a permis à plusieurs générations de designers graphiques de se démarquer sur la scène québécoise et internationale. En 2019, l’évaluation du programme a été officiellement lancée auprès de la Faculté des Arts, en vue de se dérouler au cours de l’année universitaire 2020-2021. Ce processus conduira à une modification majeure du programme d’ici deux ans. Il s’agit là d’une importante occasion de réflexion collective sur le design graphique et ses enjeux, que la journée d’étude du 29 janvier 2020 souhaite inaugurer. Avec cette question en filigrane : au XXIe siècle, à quoi devons-nous former nos étudiant·e·s ?

Argument

Souvent attribué à W. A. Dwiggins qui aurait employé le terme pour la première fois en 1922 pour remplacer « publicité artistique » (1), le design graphique est généralement défini aujourd’hui comme « l’organisation consciente du texte et/ou des images pour communiquer un message spécifique » (2). On le retrouve dans des champs de pratique variés tels que l’identité de marque, l’édition, la signalétique, la publicité, l’emballage, le web, la visualisation de données, etc. Ses moyens d’expression sont tout aussi variés et peuvent être des logos, des affiches, des polices de caractères, des mises en page, des illustrations, des animations, des photographies, des médias numériques, etc. Il peut être pratiqué de manière esthétique ou poétique, ce qui tend à le rapprocher des arts visuels et de la création, ou bien de manière pragmatique ou fonctionnaliste, ce qui tend à le rapprocher de la communication visuelle.

Un siècle après sa naissance, le terme « design graphique » n’a toujours pas disparu dans les pratiques et les enseignements, et son histoire complexe suffit à elle seule à prendre la mesure des débats qui ont animé la discipline depuis une quarantaine d’années. En Amérique du Nord, à partir des années 1980, un certain nombre d’écoles ont progressivement remplacé « design graphique » par « design de communication » puis par « communication visuelle ». Selon Frascara, « le terme “designer graphique” a contribué à l’obscur profil de la profession. […] Il est plus descriptif et plus approprié de dire “designer de communication visuelle” » (3). Au Québec, la Société des graphistes du Québec (SGQ) est devenue en 1995 la Société des designers graphiques du Québec (SDGQ), marquant un attachement à ce terme, qui semble mieux identifié dans les milieux d’affaires. En France, le design graphique est resté synonyme de « graphisme », terme ayant (en-dehors de France) une connotation soit technicienne, soit revendicatrice.

Si le modèle de la communication l’a incontestablement emporté au cours de la seconde moitié du 20e siècle avec l’essor de la société de consommation (laquelle a fait exploser le design graphique partout dans notre quotidien et continue de fournir aujourd’hui la plupart des emplois de designers graphiques), la pratique du designer graphique en tant qu’auteur  continue de se développer en parallèle, sur un mode expérimental et marginal. Si on ajoute à cela que la micro-informatique et les premières interfaces graphiques des années 1970-1980 ont bouleversé la conception graphique, mais aussi que le web et la démocratisation d’internet au cours des années 1990-2000 ont transformé la production et la consommation de messages, on peut dire que le design graphique qui avance dans le 21e siècle n’est plus vraiment le même que celui qui est né et a grandi au 20e siècle.

Les débuts du 20e siècle étaient marqués par la volonté de construire un monde nouveau, après le désastre de la Grande Guerre. Les avant-gardes étaient animées par le désir de créer un langage universel qui, à travers l’abstraction géométrique entre autres, viendrait établir une nouvelle harmonie. Portées par les utopies, elles abordaient l’avenir avec conviction et ambition. À l’inverse, les débuts du 21e siècle semblent marqués par les dystopies et la perte de confiance dans le modèle de société du 20e siècle, auquel le design a largement contribué. Il s’agit moins de construire un monde nouveau que de survivre à la destruction d’un monde qui fonctionne mal, que ce soit au plan des idéaux démocratiques, des inégalités économiques, ou de la crise environnementale. Certes, les nouvelles technologies numériques inspirent depuis de nombreuses années des démarches créatives inédites en design graphique, mais ces technologies engendrent aussi de nouveaux risques sociétaux (protection de la vie privée, captation de l’attention, surconsommation d’énergie…) et semblent même menacer les designers graphiques (l’intelligence artificielle pourrait, dit-on, les remplacer) (4).

Dans ce contexte, le rôle et la nature du design graphique doivent être analysés et débattus. Qu’est-ce que le design graphique aujourd’hui ? Quelles sont ses pratiques émergentes ? Comment faut-il l’enseigner ? Quelle est sa contribution à la société ?

Soumettre une proposition

Cet appel est maintenant clos.

Dans le cadre de cette journée d’étude exceptionnelle, organisée dans la perspective de l’évaluation du programme de baccalauréat en design graphique de l’UQAM, nous souhaitons proposer un format d’échange et de discussion original et stimulant, ouvert à la participation de tou·te·s les designers, enseignant·e·s, étudiant·e·s, chercheur·e·s, professionnel·le·s, qui ont à cœur de contribuer à la réflexion sur le design graphique aujourd’hui. Nous invitons toutes les personnes intéressées à nous soumettre une proposition d’intervention. Le format est libre, car nous cherchons à dépasser (sans l’exclure) le cadre traditionnel des tables rondes.

Sentez-vous libres de nous soumettre des propositions originales ! Sont attendues, par exemple :

  • Sur le volet « Étudier » : des propositions de « redesign » de curriculum en design graphique ; des études comparatives de formations en design graphique à travers le monde ; des propositions pour repenser la pédagogie d’atelier en design graphique ; des analyses sur l’adéquation entre les programmes et les besoins du marché ; des études de cas stimulantes basées sur des expériences réussies ; des exposés de stratégies pédagogiques efficaces, engageantes, innovantes ; des approches prospectives et provocatrices visant à stimuler la réflexion, etc. (liste non-exhaustive).
  • Sur le volet « Créer » : des présentations de pratiques émergentes en design graphique ; des réflexions sur les directions dans lesquelles s’oriente actuellement le design graphique sous toutes ses formes ; des études de cas visant à montrer la réalité professionnelle actuelle du design graphique, quel que soit l’angle d’approche ; des hypothèses prospectivistes sur l’évolution du champ d’ici à 2050, etc. (liste non-exhaustive).
  • Sur le volet « Agir » : des présentations d’initiatives en design graphique qui constituent une contribution à la société ; une veille des pratiques les plus récentes intégrant les enjeux du changement climatique, de la raréfaction des ressources ou de l’écoconception ; des réflexions sur la mission et le rôle du design graphique dans le contexte du 21e siècle ; des études de cas montrant des initiatives responsables réussies en design graphique de nature à stimuler l’enseignement, etc. (liste non-exhaustive).

Attention : nous ne cherchons pas des contributions qui visent à valoriser un portfolio mais qui visent à répondre aux questions posées à l’occasion de cette journée d’étude, à partir des trois axes “étudier, créer, agir”. Leur pertinence sera évaluée par le comité d’organisation.

Format attendu pour le jour de l’événement (29 janvier) : présentation orale de 7 minutes, liée à un des trois volets ci-dessus, basée sur des diapos ou vidéos à projeter, qui sera intégrée à une table ronde.

Format demandé pour la soumission (17 novembre) : bref texte de 2000 caractères maximum (espaces comprises) expliquant en quoi consiste votre proposition d’intervention (peut contenir des éléments visuels). À soumettre avant la date limite à l’aide du formulaire en ligne suivant :

Notes

(1) De récentes recherches montrent que le terme serait en réalité plus ancien. Voir Shaw, P. (2018). The Definitive Dwiggins no. 56 — “New Kind of Printing Needs New Design”.
(2) Erlhoff, M. et Marshall, T. (2008) (Eds.), Design Dictionary. Basel, Boston, Berlin : Birkhäuser.
(3) Frascara, J. (2004). Communication design : principles, methods, and practice. NY : Allworth Press.
(4) Maeda, J. (2018). Design in Tech Report 2018 (p. 58) : https://designintech.report