Daniel Langlois : entre virtuel et réel, un parcours singulier

22 Décembre 2023

L’École de Design rend hommage à l’un de ses anciens étudiants

Au tournant des années 90 est apparue sur une carte postale la photo d’un insecte, un patineur, flottant sur une eau claire au travers de laquelle transparaissait le fond d’un étang. Malgré la vraisemblance de la photo, il s’agissait d’une image numérique d’un réalisme encore jamais vu. Elle avait été distribuée à tous les protagonistes locaux de la réalité virtuelle, de la CAO et du rendu photoréaliste et annonçait la formidable aventure de Softimage, qui, se rajoutant aux frémissements déjà perceptibles dans le milieu montréalais depuis plusieurs années, marquait le début d’une effervescence qui allait faire de Montréal en une décennie un centre mondial des arts numériques.

Bien sûr, nous connaissions déjà Daniel Langlois grâce au film Tony de Peltrie, maintes fois primé, dans lequel jouait le premier personnage entièrement virtuel de l’histoire du cinéma. Mais le réalisme du patineur, même s’il semble aujourd’hui tout relatif à la lumière des progrès accomplis depuis, nous avait tous sidérés. Daniel Langlois se posait comme un précurseur, habité par une vision quasi obsessionnelle : créer des mondes numériques virtuellement indiscernables du monde physique, dans lesquels tout devenait possible, y compris ressusciter les morts et les dinosaures, et où les lois de la nature pouvaient être allègrement transgressées, voire inversées, offrant des possibilités inépuisables d’explorations artistiques et visuelles. Inutile de dire que nous manquions rarement une occasion de rappeler qu’il avait effectué ses études à l’École de Design, où sa mémoire vivra longtemps grâce à ses contributions à un généreux programme de bourses d’études et à un laboratoire informatique de pointe, témoignages éloquents de sa gratitude à l’égard de son alma mater. Qu’il en soit ici, encore une fois, remercié.

Toutes les personnes qui œuvrent dans les environnements numériques se posent un jour la question de savoir comment transposer, dans le monde où nous vivons, les événements extraordinaires qui s’y observent. Elles réalisent très vite que cela n’est faisable que dans un très petit nombre de cas, au prix d’efforts parfois colossaux : la réalité physique est bien plus réticente à se plier aux volontés humaines que les espaces de nombres. Depuis plusieurs années pourtant, Daniel s’était extrait de ces mondes virtuels où tout est possible pour tenter de transformer, en accord avec sa vision et ses valeurs, un petit segment du réel. Sa mort et celle de sa conjointe apparaissent d’autant plus injustes qu’ils faisaient partie de ces êtres humains remarquables qui, disposant de moyens considérables, décident de les consacrer à des projets de longue haleine, aux visées à la fois humanistes, sociales et environnementales. Bien au-delà d’un simple investissement, le complexe hôtelier qu’ils élaboraient en Dominique se voulait un exemple de développement intelligent, respectueux de tous les éléments de son contexte d’implantation, et s’inscrivait de façon à la fois subtile et profonde dans les grandes préoccupations de l’époque. Leur rendre hommage, c’est assurer que cette vision se perpétue. Pour ce faire, il convient de prendre toute la mesure de la responsabilité qui, comme enseignant.e.s, nous échoit : celle de transmettre au mieux  leur héritage aux designers, aux architectes et aux concepteurs et conceptrices de tous les domaines qui, après nous, œuvreront à la création d’un monde meilleur.

Au nom de l’UQAM et en son nom propre, l’École de Design offre ses plus sincères condoléances aux proches et aux familles de Daniel Langlois et de Dominique Marchand.