Le colloque Mutations: Où va le design?, s’est tenu du 18 au 20 septembre 2024 à l’École de design de l’UQAM. Organisé à l’occasion du 50e anniversaire de l’École, cet événement a rassemblé des penseur·euses et praticien·nes du design afin d’explorer ensemble la manière dont la discipline répond aux mutations environnementales, sociales et technologiques de l’époque actuelle, par quelles pratiques novatrices, et quels sont les enjeux qui en découlent.
La conférence inaugurale d’Emanuele Quinz, professeur à l’Université Paris 8, a posé les bases de la réflexion en interrogeant les futurs possibles du design. Dans sa présentation intitulée Quel futur pour le design? Quel design pour le futur?, Quinz a plaidé pour une pluralisation du design, non comme discipline figée, mais comme processus ouvert, capable de s’adapter aux mutations sociales et technologiques.
Séance 1 : Design et engagement social
La première séance a été introduite par Anne-Marie Broudehoux (École de design, UQAM) et a mis l’accent sur le rôle du design dans les dynamiques sociales. Anna Bernagozzi (École nationale supérieure des Arts Décoratifs, France) a présenté une réflexion sur le co-design dans sa conférence Co-designer un futur souhaitable, mettant en lumière la manière dont cette approche peut favoriser la diversité et l’inclusion dans la conception des systèmes sociaux. Olivia Daigneault-Deschênes, Maira Gonzalez et Sonia Blank, d’Architecture Sans Frontières Québec (ASFQ), ont abordé l’idée de design complice, discutant des méthodes participatives et de leur potentiel à réinventer les processus de conception dans des contextes marginalisés. Valérie Yobé (Université du Québec en Outaouais) a ensuite introduit la notion de graphisme citoyen, soulignant l’importance de permettre aux jeunes d’exprimer leur voix à travers le design social, et enfin, Caoimhe Isha Beaulé (Université de Laponie) a exploré la dynamique de confiance dans les pratiques collaboratives autochtones-allochtones.




Séance 2 : Design et (dé)matérialité
Présidée par Catherine D’Amours (École de design, UQAM), cette séance proposait d’explorer les intersections entre monde matériel et numérique. Alice Jarry (Université Concordia, Hexagram) a débuté avec [re]générer : réciprocités matérielles et computationnelles, une réflexion sur la manière dont les matières vivantes et non-vivantes interagissent avec la technologie pour proposer des solutions régénératives en design. Laureline Chiapello (Université du Québec à Chicoutimi-NAD) a ensuite discuté de La place du design dans les nouveaux espaces immatériels, en examinant comment le design pragmatiste influence la conception de jeux vidéo face à des enjeux environnementaux. Caroline Gagnon (Université Laval) a enrichi le débat avec son plaidoyer pour la nécessaire (re)matérialisation du design à l’ère du tout numérique. Enfin, Florence Jamet-Pinkiewicz (École Estienne) a conclu la séance en renouant les liens entre l’exposition des “Immatériaux” (1985) et les nouveaux imaginaires matériels.




Séance 3 : Design et crise climatique
Présidée par Thomas-Bernard Kenniff (École de design, UQAM), cette séance s’est penchée sur les réponses que le design peut apporter aux crises environnementales. David Fortin (Université de Waterloo) a ouvert la discussion en expliquant comment une approche ancrée dans les savoirs autochtones peut réorienter le design, en mettant l’accent sur les relations éthiques avec le vivant et les territoires. Cyrus Lognonné-Khalatbari (Haute école d’art et de design, Genève / École Polytechnique Fédérale de Lausanne) a proposé Permacomputing : Concevoir de nouveaux objets numériques pour repenser nos limites environnementales, une approche durable de la technologie. Serina Tarkhanian (Oslo School of Architecture and Design) a présenté l’idée d’une praxéologie du design comme manière d’aborder simultanément les crises éco-sociales et les structures de pouvoir. Enfin, Sophie Pittalis (Université de Lille) a conclu la séance avec L’art du prompt : un design de la transition par l’intelligence artificielle, mettant en lumière comment l’IA peut être un outil pour imaginer des projets de transition écologique, en soulignant les possibilités et les biais que ces outils introduisent dans les processus de conception.




Séance 4 : Design et intelligence artificielle
La dernière session du colloque, introduite par Amandine Alessandra (École de design, UQAM), a examiné l’impact de l’intelligence artificielle sur le design. Stéphane Vial (École de design, UQAM) a ouvert avec Les designers face à l’intelligence artificielle générative: enjeux, exemples, perspectives, offrant une réflexion sur l’IA comme outil de co-création dans la conception de projets créatifs et communautaires. Frédérique Krupa (École de design Nantes Atlantique) a ensuite soulevé les implications éthiques de l’IA dans le design dans sa présentation L’IA dans le monde du design : Le progrès sans fin ?. Pour clôturer, Anthony Masure (Haute école d’art et de design, Genève) a présenté Assembler l’intelligence : perspectives hybrides pour l’IA et le design, invitant les participant·es à envisager l’IA non comme une menace mais comme une matière malléable pouvant nourrir des projets citoyens et émancipateurs.



Il faut souligner la richesse des échanges et la diversité des perspectives et des méthodes abordées tout au long du colloque. Au cours de ces trois jours de partage et de rencontres, les conférencier·es, tout comme le public très actif qui réunissait personnes étudiantes, professionnelles, universitaires, ont éclairé les débats et permis d’aborder de quelle manières les mutations actuelles – sociales, environnementales, matérielles, technologiques – nous obligent à repenser ce qui devrait vraiment être au cœur de la pratique du design : la remise en question de nos pratiques et de nos perspectives est plus que jamais nécessaire. Il ne s’agit plus simplement de se demander où va le design, mais plutôt de réfléchir collectivement à où nous souhaitons qu’il aille. Le colloque a ainsi permis de reconsidérer ce qui est réellement au cœur de la pratique du design, en ancrant celle-ci dans un contexte humain et environnemental, comme l’a bien souligné David Fortin avec ce qu’il a appelé l’écoute du gut feeling.
En réunissant des expert·es aux horizons variés, ce colloque a démontré l’importance de la collaboration et du potentiel d’une approche transversale de la discipline pour apporter des réponses aux enjeux complexes de notre époque. Il reflète ainsi la volonté de l’École de design de préparer les futures générations à devenir des acteur·rices du changement, en ancrant le design dans une vision résolument tournée vers les réalités du monde dans son mouvement perpétuel.
Conférencier·es :
Emanuele Quinz – Université Paris 8 / École nationale supérieure des Arts Décoratifs, Paris, France
Anna Bernagozzi – École nationale supérieure des Arts Décoratifs, Paris, France
Olivia Daigneault-Deschênes, Maira Gonzalez, Sonia Blank – Architecture Sans Frontières Québec, Canada
Valérie Yobé – Université du Québec en Outaouais, Canada
Caoimhe Isha Beaulé – University of Lapland, Finlande
Alice Jarry – Université Concordia, Canada
Laureline Chiapello – Université du Québec à Chicoutimi-NAD, Canada
Caroline Gagnon – Université Laval, Canada
Florence Jamet-Pinkiewicz – École Estienne, France
David Fortin – University of Waterloo, Canada
Cyrus Lognonné-Khalatbari – Haute école d’art et de design, Genève / École Polytechnique Fédérale de Lausanne, Suisse
Serina Tarkhanian – Oslo School of Architecture and Design, Norvège
Sophie Pittalis – Université de Lille, France
Stéphane Vial – École de design, UQAM
Frédérique Krupa – L’École de design Nantes Atlantique, France
Anthony Masure – Haute école d’art et de design, Genève, Suisse
Comité scientifique:
Amandine Alessandra
Ron Filion-Mallette
Thomas-Bernard Kenniff
Réjean Legault
Carole Lévesque
Stéphane Vial
Organisation:
Amandine Alessandra
Réjean Legault
Carole Lévesque
Photos:
Rym Hamade
Wissame Malti
Lizhi Olivier-Fontaine